Stranger Things – Démons et merveilles

Stranger Things a toujours été une série ludique. Construite par plaisir et narrée pour le simple plaisir de divertir avec soin un public qui le lui a bien rendu. Avec la banlieue comme terrain de jeux, les productions Amblin , Donjons & Dragons ou d’autres balises de l’épouvante des années Reagan (Stephen King, John Carpenter, Tobe Hooper), Stranger Things se muait inévitablement en hommage élégiaque à la gloire d’une enfance où l’on cherchait l’aventure au coin de la rue. On n’en demandait pas plus, on se gaussait doucement des haineux qui hurlaient au plagiat, qui criaient à la nostalgie lassante ou qui raillaient le manque d’inspiration. Autant de vains reproches prompts à gonfler le pectoral de critiques en manque de mordant, surtout qu’il est évident que les Duffer Brothers ne cherchent pas à révolutionner quoi que ce soit, et qu’il est las et mesquin de la part de la certaines plumes à vouloir diaboliser parfois tout et n’importe quoi. Car pourquoi irait-on chercher des poux à une série qui ne demande rien d’autre qu’à raconter une bonne histoire ?

Donc pour celles et ceux qui sortiraient d’une grotte et qui découvriraient ce gros vortex qui s’appelle Internet, Stranger Things narre les péripéties d’un groupe de gosses (bon, ok, maintenant, ce sont des ados) devant se battre contre des vilains démons carnivores sans yeux issus de l’Upside Down : un monde similaire au notre mais où des particules blanches tombent du ciel, des éclairs tonitruent sur fond rouge et pour lequel il ne vaut mieux pas être enfermé. Ajoutez à cela un labo secret d’où s’échappe une super-héroine (Eleven), une maman géniale, un flic au grand cœur et une palanquée de seconds rôles aussi délicieux les uns que les autres, et vous obtenez un divertissement premium qui mérite encore d’être abonné à un provider en fin de course.

Passée une troisième saison en demi-teinte, n’évitant pas toujours une certaine forme de redite(s), le quatrième volume de Stranger Things a débarqué à la fin mai avec une volonté affichée de voir grand. Soient des épisodes plus longs et un budget pharaonique (on parle de la bagatelle de 30 millions de dollars par épisode). Si la thèse de vouloir pallier la fuite d’abonnés vers d’autres horizons en proposant des histoires à 70, 80 minutes a été évoquée – et peut être crédible en tant que telle afin de satisfaire l’algorithme de Netflix- on peut simplement se dire que d’une part, la pandémie a servi à accoucher d’une saison plus ambitieuse, mieux écrite et que, d’autre part, les personnages ayant grandi, il était logique d’embrasser cette transition en rallongeant la recette sans la dénaturer.

Donc là, vous ne voyez pas où ils vont mais disons que, tout de même, ce n’est pas le chemin le plus pratique…

En résulte donc cela : une saison dingue. Démente. A la fois totalement décomplexée dans ses envies de narration et de mise en scène et pourtant ultra maitrisée de bout en bout ; les Duffer Bros passant quasiment maitres dans l’art du foreshadowing : ce dispositif plaçant subtilement un à un les bâtons d’une dynamite qui explosera pourtant de toute évidence. Plus longue, parsemé d’élans gore, capable de bondir d’un saut de puce de décors en décors sans s’égarer, de surprendre par une scène de fusillade comme par son habileté à relancer la machine à chaque fin d’épisode, ce quatrième volume multiplient les arcs narratifs au fur et à mesure que le noyau initial du groupe se délite. C’est plutôt culotté. On pouvait craindre l’éparpillement, la surenchère, les digressions inutiles, l’apparition de nouveaux personnages symptomatique de cacher un quelconque essoufflement, il n’en est rien ; mention spéciale évidente envers Argyle, livreur de pizza stoner merveilleusement interprété par Eduardo Franco. L’âge adulte approchant, les peurs ressortent davantage (on pense inévitablement à Ça de Stephen King avec cette manière dont Vecna a de faire rejaillir les angoisses de ses proies mais également à Carrie, Freddy Krueger ou Starman ) et se cristallisent face à des adultes qui sont soit incompétents soient terrifiants. Chacun des scénaristes semblent vouloir se renvoyer la balle à qui écrira l’épisode le plus tendu…

Donc là, typiquement, beaucoup d’adultes incompétents…

Alors, oui, on pourra rétorquer qu’on voyait arriver le Grand Méchant Loup d’assez loin (et encore, y a tout de même un bon twist) que la série n’avait sûrement pas besoin de s’encombrer d’une mythologie trop grande pour les jeunes épaules du gang, il n’empêche que le plaisir du spectateur demeure merveilleusement au rendez-vous. Que le spectacle est là. Qu’il n’empiète pas sur des personnages qui, certes, sont des archétypes mais qui sont profondément aimés par leurs créateurs. Que, même étendus, les épisodes défilent à toute allure. D’aucuns feront la fine bouche ou passeront leurs chemins, les autres, eux, continueront la partie de ce jeu d’aventures grandeur nature conjuguant terreurs et jubilation.

D’AUTRES EN PLUS ET EN VRAC:

  • Alors oui, Kate Bush est reparti en trombe au hit parade grâce à la chanson Running up that hill mais il serait injuste d’omettre la remise en lumière du titre Pass the dutchie de Musical Youth. Deux salles, deux ambiances, deux tubes.
  • On aura reconnu l’acteur Robert Englund dans le rôle de Victor Creel. Robert Englund qui jouait Freddy Krueger oui.

Stranger Things (Netflix, USA, saison 4/ 9 épisodes, diffusés les 27 mai et 1er juillet 2022).
Le site officiel de la série

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